La fête du pommé à l’Amante verte

La néo-bretonne que je suis ignorait tout du pommé jusqu’au week-end dernier. Je savais juste que c’était une réduction de pommes que l’on tartinait sur du pain et que ça avait la couleur de la Marmite (prononcez marmaïte), cette pâte à tartiner noire salée que les Anglais adorent et que le reste du monde adore… Détester !

Rassurez-vous le pommé n’est pas aussi clivant. Je ne vous parlerais pas d’un produit si ce n’était pas bon. Le pommé se présente comme une pâte noire un peu épaisse et possède un bon goût de pomme caramélisée. En bouche, on dirait presque une pâte à tartiner de pruneaux, mais en moins sucré. C’est délicieux sur une bonne tartine de pain grillée! Je crois que je pourrais facilement adopter ce « beurre du pauvre » au quotidien, ça ne ferait pas de mal à mon cholestérol !

Ce qui est intéressant dans le pommé, ce n’est pas uniquement son goût, c’est tout le processus d’élaboration, la fête conviviale qui s’organise autour. La fête du pommé, c’est un peu la fête des voisins version automne-hiver, en Bretagne. Tout le monde se rassemble, apporte des pommes à cidre du coin, épluche, épépine, coupe et ensuite on verse le tout additionné de jus de pommes dans une espèce de chaudron magique et cela cuit au feu de bois pendant 24 heures. Mais pour ne pas que cela attache au fond du chaudron, il faut « ramaouger » c’est-à-dire remuer en gallo (la langue d’oïl). C’est pour ça que le chaudron s’appelle une ramaougerie. Et pour tenir compagnie à celui qui remue sans cesse le pommé, les voisins chantent, mangent et se relaient jusqu’au petit matin. Ils sont sympas quand même ces voisins !

Pour découvrir cette tradition ancestrale bretonne, je me suis rendue à l’Amante verte, célèbre café/librairie/exploitation agricole consacrée aux plantes et aux infusions tenu par Claire et Adrien Poirrier. Installé depuis dix ans à Sixt-sur-Aff, en Ille-et-Vilaine, à 50 minutes au sud de Rennes, ce couple a su séduire par leur démarche qualitative les plus belles tables gastronomiques de l’Hexagone (le Plaza Athénée d’Alain Ducasse, la Mare aux oiseaux d’Eric Guérin, etc.) ainsi que les épiceries fines et les curieuses, comme moi.

Je n’ai pu assister qu’à la mise en pot du pommé le dimanche, mais ce n’est que partie remise pour la veillée et la découpe des pommes. J’étais déjà contente de pouvoir discuter avec Hubert Laizé de l’association Les Ramaougeries de pommé et d’en apprendre davantage sur cette pratique. « Sur 400 kilos de produits bruts, on ne récolte que 40 kg de produit fini« , m’expliquait-il. Chaque automne, il sillonne la Bretagne avec son matériel pour perpétuer cette tradition centenaire. Il sera d’ailleurs le week-end du 10 et 11 octobre à Fougères, si vous êtes dans le secteur.

J’étais ravie aussi de découvrir ce lieu très chouette qu’est l’Amante Verte et les personnes qui lui ont donné vie.

Le pommé est une réduction de pommes et de jus de pommes cuit pendant 24 h.
Pour ne pas se prendre la tête avec les étiquettes pas droites, Adrien Poirrier a une super solution, les mettre complètement de travers. 😉

Je suis évidemment repartie avec un pot de pommé et le dernier ouvrage écrit par Claire Poirrier L’exode urbain, publié dans la collection Champs d’action par la SCOP Terre vivante, un éditeur responsable.

Bien plus qu’un Manifeste pour une ruralité positive, son livre aborde toutes les facettes de l’existence : comment s’émanciper de sa famille, trouver sa place en ville ou à la campagne, assumer ses choix de vie, vivre avec moins, mais plus proche des êtres qui nous sont chers, accepter d’être faillible et de demander de l’aide, croire en son projet malgré les galères financières et les douleurs physiques.

Ce que j’ai aimé à la lecture de cet ouvrage c’est qu’il n’est jamais moralisateur, on sent la bienveillance et la volonté de partage d’expériences, mais aussi l’envie de nous pousser à repenser notre mode de vie, à faire un pas de côté pour s’extraire de nos rythmes effrénés et trouver ce qui nous permettra de nous épanouir. Je ne sais pas si je me sens prête à vivre à la campagne. Moi qui ai fui ma petite ville de province pour étudier à Lille. Mais en tout cas, il est certain que le Covid a confirmé cette envie d’une vie plus proche de la nature, plus simple, plus respectueuse de l’environnement aussi. Je ne sais pas encore où cela me mènera, mais les idées ne demandent qu’à s’épanouir. 😉 Merci encore Claire et Adrien pour votre accueil. C’était vraiment une belle journée d’automne.